Récit d'une soirée électorale

Ceci est le récit d'un des kayoux présent à notre soirée électorale en vue de célébrer la fin de la campagne.

Céroux-Mousty, 14 octobre 2018

Il est un peu plus de 17h00 et je pénètre dans l’allée arborée d’une grande bâtisse blanche posée sur les hauteurs d’Ottignies. C’est ici, en cette fin d’après-midi au goût d’été indien, que le collectif Kayoux s’est donné rendez-vous pour attendre les résultats des élections communales.

L’ambiance est calme et sereine, quelques sympathisants discutent sur la terrasse et de jeunes enfants courent dans le jardin. Sur une large table à l’intérieur ont déjà été disposés quelques plats plutôt végé apportés par les convives. Une auberge espagnole, c’est bien ce qui caractérise le modus vivendi des kayoux. On apporte ce que l’on veut partager. Chacun et chacune selon ses talents.

Un caméraman est présent, lui qui suit le collectif depuis 7 mois en vue de réaliser un documentaire sur la participation citoyenne. Peu de contacts pour le moment avec les représentants du collectif présents dans les bureaux de dépouillement. Toutes et tous espèrent, en silence, que la liste 12 recueillera les suffrages suffisants pour obtenir une représentation au conseil communal. Pour patienter, l’hôte des lieux, doyenne du groupe, nous propose quelques bouquets de brocoli fraîchement récoltés dans son potager, passés aussi vite dans un bouillon d’huile d’olive et puissamment assaisonnés. Une véritable explosion végétale pour nos papilles gustatives. La nature décidément nous gâte en cet automne aux couleurs de feu.

Mais déjà les premières rumeurs se font entendre. Cinq bureaux dépouillés sur onze et l’annonce d’un premier siège pour le collectif. Une joie toute en retenue se répand alors que les membres et sympathisants affluent. Il est 19h00 et l’arrivée des kayoux présents à l’hôtel communal est imminente. On dispose des chaises supplémentaires sur la terrasse. Enfin, les délégués du collectif pénètrent dans la propriété. Quelques minutes s’écoulent encore. Une dernière concertation à l’intérieur de la voiture, les visages éclairés par l’écran d’un portable. Les voici qui prennent la parole. Solennellement. Les rumeurs se confirment. Kayoux sera bien présent au conseil communal pour la prochaine mandature. La majorité sortante conserve ses sièges malgré un léger glissement de voix entre les partenaires. La joie peut exploser d’autant plus qu’un deuxième siège semble tout à fait à portée de main, ce qui sera confirmé dans le courant de la soirée. Un jour historique pour la démocratie locale entend-on déjà.

Très vite, TVcom arrivé sur place sollicite une réaction. Quelques membres du collectif se réunissent spontanément pour décider du message à communiquer. Les citoyens ont demandé à travers leurs votes à participer plus activement aux décisions politiques de leur commune et donnent un mandat clair aux porte-paroles de Kayoux pour faire évoluer les pratiques politiques. C’est le benjamin du collectif qui prendra la parole. La caméra s’allume et le spot éclaire le visage du jeune étudiant.

« Un signal fort a été envoyé aujourd’hui indiquant que nous, citoyens, nous voulons participer à la vie communale, nous ne voulons plus être sur le bord, nous ne voulons plus juste voter une fois tous les six ans mais grâce à nos assemblées citoyennes décider 8 fois par an au sujet de projets importants pour nous et pour notre commune. »

Une autre explosion cette fois-ci. Celle de la spontanéité, de l’élan, de l’envie. Celle du parler-vrai et de la détermination aussi. L’enseignement de ce scrutin à Ottignies-Louvain-La-Neuve tombe comme une évidence :

« Beaucoup de gens en ont marre de la particratie. Avant, ce ras-le-bol s’exprimait par des votes d’extrême droite et d’extrême gauche. Aujourd’hui, la réelle alternative à cela c’est nous. C’est impliquer le citoyen dans la vie politique. Les gens qui sont en colère face à un système qui ne les représente plus, qui ne leur convient plus peuvent aller vers une alternative qui ne soit pas extrême mais qui les implique comme citoyen. »

Je glane encore quelques paroles échangées par-ci par-là. La diversité s’exprime ici instinctivement. Nous sommes « extrême » dira une jeune femme. Oui, nous sommes pour l’extrême démocratie ajoutera un homme d’âge mûr. Ce à quoi, l’étudiant, tantôt sous le feu des projecteurs, répondra « je préfère le terme radicalité car il renvoie à la notion des racines ».

Avec un budget de moins de 2.000 euros pour mener campagne, en étant exclus des débats télévisés au seul motif qu’ils sont trop jeunes en politique, ces militants de la démocratie participative ont réalisé une véritable prouesse. 1417 voix et deux sièges ouvriront le 3 décembre prochain largement les portes du conseil communal aux 32.000 habitants de la commune. Une réelle occasion est donnée aujourd’hui aux citoyens de s’engager concrètement pour changer la démocratie. Rendez-vous dans 6 ans pour en estimer les effets.

 

Pascal Warnier

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